sâmbătă, 20 iunie 2009

Vai de învingător!

Superb acest eseu al lui Boris Cyrulnik, publicat în "Le Monde" Citiţi-l! Şi meditaţi la el. Pentru că are rostul să ne aducă la realitate, să ne scoată gărgăunii din cap, să ne îndemne la mai multă umilinţă. Şi la mai multă raţiune în tot ceea ce facem.
"Chaque fois que nous obtenons un succès, nous en profitons tellement que nous le boursouflons jusqu'à ce qu'il modifie l'environnement auquel on était adapté. Notre succès adaptatif vient de nous désadapter ! Jusqu'au XIXe siècle, la mort était sale, quoi qu'en disent les images d'Epinal. Les enfants mouraient dans la diarrhée des toxicoses, les femmes dans le sang des couches et les hommes dans le pus des accidents. Lorsque les antibiotiques ont permis la victoire contre les germes infectieux, on en a tant donné que, conformément à la théorie darwinienne, cette action victorieuse a sélectionné les germes les plus aptes à survivre dans ce nouvel environnement et l'on voit réapparaître d'anciennes maladies infectieuses que l'on ne peut plus soigner : malheur au vainqueur !
Ce processus se répète culturellement. Notre capacité à inventer le monde de l'artifice, celui des mots et des outils nous permet d'échapper aux contraintes de la nature et de la dominer, au point de la détruire. On court à notre perte quand ça marche trop bien. On répète tellement ce qui a bien marché que ça ne marche plus puisque notre succès a modifié les conditions de l'adaptation...
Normalement, un investisseur devrait recueillir les informations sur un marché, les évaluer puis décider... rationnellement. Ce processus logique se réalise rarement. Quand la Bourse a explosé à partir de 1982, quand le marché mondial est devenu pléthorique, quand la chute du Mur a donné aux Européens de l'Est ou aux Chinois la possibilité de devenir à leur tour des consommateurs, quand Internet a créé un marché universel, l'argent a perdu la tête. Il s'est emballé dans l'euphorie boursière où les investisseurs plaçaient dans ce qui marchait, ils achetaient parce que les autres achetaient sans analyser ce qu'ils décidaient.
Cette euphorie boursière s'explique par le mimétisme bien plus que par la raison. On achète, parce que tout le monde achète. Je veux la même voiture, le même logement et le même fonds de pension que mon voisin heureux, pensait l'investisseur irrationnel. Un seul achat ne change pas un marché, mais la contagion des idées, en induisant une tendance, peut provoquer un mouvement financier. Cette illusion euphorisante crée la confiance qui provoque la réussite du marché... jusqu'à ce que la baudruche se dégonfle!
La rationalité n'est plus mathématique, elle est évolutive : ça marche jusqu'à l'excès qui dérégule le système. Le panurgisme psychologique participe à la course économique jusqu'au moment où les moutons euphoriques sautent dans le vide. Ce processus de surpâture est rendu encore plus efficace par la technologie. Internet, avec son effet de surlangue, rend présentes, encore mieux que la parole, des informations très éloignées. Ce succès technique provoque une sorte de délire logique, où la succession des succès finit par couper les financiers du réel".

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